Whisky in the Church

La Haye, 2009

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Vendredi

Nous sommes partis par un matin pas très matinal. Nous deux, Pierrot et moi, nous étions donnés rendez-vous devant la gare de Metz en milieu de matinée. Munis d'un grand coffre, d'un GPS et de beaucoup d'espoir nous avons pris la route, plutôt l'autoroute direction. La Haye. Voyage sans encombre, hormis le fait que si on ne suit pas les indications du GPS, on peut perdre pas mal de temps. Un coup de fil à JM pour lui signaler que nous arrivons nous donne les numéros des bungalows et nous informe que Michel et Philippe sont déjà présents.

Il est 16 heures lorsque nous posons donc nos affaires. Les présentations nécessaires sont faites et les premiers whiskies font leur apparition. Ne voulant pas couper aux sites locaux sites d'intérêt.

Nous commençons donc par aller faire un tour chez van Zuylen. Pour ceux qui ne connaissent pas, et comme une image vaut mille mots, voici un des murs de son échoppe.

Nous y retrouvons Xavier et Pascal qui ont quitté Paris sans adresse ni numéro de téléphone. Heureusement qu'ils se souvenaient de la ligne de tram et de l'arrêt... Ils attendaient chez van Zuylen une âme charitable. Jean-Marie ayant été prévenu, il arrive à son tour. Et c'est un groupe renforcé qui réintègre les bungalows. Sur le chemin du retour, le baron Jacques-François vient à notre rencontre, nous signifiant ainsi que Michèle, son épouse est aussi arrivée.

Nous accueillons ensuite Patrick, Dennis et son épouse Tina, puis Dédé. Les tables continuent à se remplir, aussi bien de whiskies destinés aux dégustations off que de ceux pour le Blind tasting 2009.

Quelques bouteilles de vin font office d'apéritif puis nous partons ensuite dîner dans un restaurant sur la dune. La carte étant entièrement et uniquement en néerlandais, le contenu des assiettes qui nous sont servies relève de la plus pure surprise.

De retour aux bungalows, débute alors la première soirée off. Celle-ci sera essentiellement orientée sur les fonds de bouteilles que Patrick a apportés, des valeurs moyennes selon lui, des étiquettes de rêve pour les autres. Parmi les trésors :
- Linkwood 72-02 40% GMP
- Glenlivet 70-02 Moray Malt Whisky 44%
- Clynelish 24 ans 65-89 Cadenhead 46%
- Strathisla 1954 40% GMP
- Bruichladdich 35 ans 66-01 Hart Brothers 44,5%
- Bruichladdich Millenium 32 ans 67-99 SV 47,7%
- Bruichladdich 30 ans 69-00 Cadenhead 46,5%
- Ardbeg 30 ans 75-06 DL Platinium 46,1%

Une bouteille de Tarragone fait irruption dans l'assemblée : elle date de 1946 et nous est gracieusement offerte par Jacques-François. Un arôme à couper le souffle, une richesse incroyable.

Je continue avec :
- Milburn 35 ans 69-05 UDRM 51,2%
- Dalmore 20 ans 85-06 OB 51,5%
- Talisker 20 ans OB 58,8%

Puis Dennis sort de sa valise trois curiosités : deux mignonnettes remplies d'un liquide clair et un flacon d'un liquide d'une belle couleur acajou. Ce sont des produits issus de la distillerie Braunstein. Nous avons donc droit à un new make spirit, un spirit de deux ans en fût de sherry d'une incroyable pâleur et un autre spirit de deux ans, du même fût que celui de l'an dernier mais élevé en fût neuf après un bref et partiel passage technique en fût de sherry. Assez curieusement, c'est ce dernier qui est le plus marqué par le bois, le plus coloré. Il y a aussi un Auchentoshan, mais à peine ai-je le temps de photographier la bouteille.

Puis encore quelques fonds :
- Longrow 14 ans 46%
- Ardbeg 77 emb. ca. 98 OB 46%
- Talisker 30 ans emb. 2006 51,9%
- Hazelburn 8 ans 1re édition
- Carsebridge 65-06 BBR 46%
- Highland Park 18 ans OB emb. ca. 1995

La soirée continue pour les plus courageux ; je vais rejoindre les bras de Morphée vers deux heures.

Samedi

Le lendemain matin je fais connaissance avec les habitudes alimentaires locale : cherchant du lait à la supérette locale, je vois des bouteilles avec des étiquettes rouges où il est inscrit en étranger « karne melk », à côté de bouteilles bleues où il est écrit « melk ». Je prends donc les bouteilles de lait entier. De retour au bungalow je commence à faire chauffer le lait. Qui tourne. La date de péremption est lointaine, mais il est possible qu'il ait été mal conservé. Heureusement il y a une autre bouteille. Le lait tourne encore. Je me rabats sur du café. Jean-Marie, arrivé un peu plus tard, m'indique que « karne melk » signifie lait caillé, donc rien d'étonnant à ce qu'il tourne... Lait entier se dit « volle melk ». Quoi qu'il en soit, Jacques-François s'était fendu, avant son départ, d'une cueillette de framboises, qu'il avait transformées en confiture, goûteuse à souhait. Et j'adore les framboises.

Nous apercevons dédé qui vient prendre son petit déjeuner, puis réintègre son lit : la soirée a été un peu rude, la sieste du Corse durera jusqu'en milieu d'après-midi.

Je pars avec Jean-Marie chez van Zuylen prendre des verres que nous rapportons aux bungalows tout en récupérant Dennis et Tina pour repartir chez Jean-Marie.

Le midi, Jean-Marie et son épouse nous convient à un déjeuner chez eux. Linda a confectionné une salade, des quiches lorraines (je ne résiste pas à l'ajout du qualificatif), une terrine d'un goût exquis qui dispute aux charcuteries du sud-ouest, apportées par les Toulousains. Et Gérard arrive au bon moment avec du pain luxembourgeois, incomparablement meilleur que la pâte cuite néerlandaise. Les vins sont servis à la juste température. Debout autour de la table, les groupes et les discussions se créent pour finir assis autour de ladite table, à finir, à racler les plats.

En milieu d'après-midi la troupe se rend chez van Zuylen, à deux pas. Comment qualifier cette caverne d'Ali Baba ? Les bouteilles s'alignent – ce qui est assez normal pour un caviste – mais la cave recèle des trésors cachés. Quelques exemples : BenRiach 1976 pour The Nectar, Caperdonich 38 ans, St-Magdalene 1975. M. van Zuylen, en bon commerçant ouvre une bouteille de Rosebank 17 ans Clydesdale (alcooleux, quelconque mais terrible en cas de fausse route).

J'en repars avec un set de Duncan Taylor Peerless, un Compass Box Oak Cross pour la prochaine soirée du club, un Macallan 1979 Scott's selection et une bouteille acquise avec Gérard : un St-Magdalene 30 ans 1975 GMP. Je récupère aussi une demi-bouteille de Glenlochy 27 ans Duncan Taylor Rare Auld fût 2454 que j'échange – toujours avec Gérard – contre une demi-bouteille d'un fût voisin, le 2451 que j'ai chez moi.

Puis c'est le retour aux bungalows pour LE barbecue.

Outre les forumeurs, Linda, Aad van Zuylen et son vendeur Rob sont présents. Vu l'expérience de l'an dernier, nos amis toulousains, encore eux, ainsi que Jean-Marie avaient pourvu au nécessaire : côtelettes, saucisses en tout genre. Michèle et Tina avaient concocté une salade de riz. Rien que du bon. Dédé et Pierrot sont aux fourneaux et Michèle gère la tablée d'une maîtresse main.

En fin de repas, Raymond, dont on ignorait s'il allait passer, se présente aux bungalows. Toujours aussi souriant, vivant, et plein de d'anecdotes, un cercle se forme vite autour de lui pour en profiter.

Le repas fini, les cigares et les bouteilles commencent à faire leur apparition.

Les dégustations commencent par un cadeau de Jean Marie (l'autre, bottler), un bourbon Johnny Drum de 15 ans d'âge, probablement embouteillé au début de 80's.

Puis Pascal nous convie à une dégustation en aveugle : il a sélectionné une douzaine de ses bouteilles qui l'interpellaient et nous demande notre avis :
- Lismore 8 ans 40% : Simplet, limite désagréable
- Glen Scotia 14 ans emb. ca. 95 OB 40% : Terreux, globalement pas net, peu plaisant
- Glen Ord 10 ans SV CSC 56,7% : Ensemble très lointain, presque inexpressif, mais curieusement on ne sent pas le titre alcoolique...
- Ardbeg 12 ans 91-03 McKillop 43% : De la tourbe dans un couloir d'hôpital, plutôt Laphroaig qu'Ardbeg, doux ;
- Smokehead extrarare nas, 40% : De la tourbe sans fumé(e), que dire ?
- Inverleven 15 ans dist. 79, GMP 40% : frais, minéral, épices. J'adore. Typiquement le genre d'expression à déguster en été !
- Balmenach 17 ans 90-08 cask 0083/2504 57,4% Clydesdale : Fruité intense mais alcool trop présent, amertume de bon aloi ;
- Linkwood 12 ans 89-01 1st spirit Dugas sherry butt 46% : Tout est dans le nom, avec âpreté, amertume, sécheresse, bref tout ce que j'apprécie
- Nikka Yoichi 10 ans 45% : fruité et frais, propre et net, impersonnel comme un japonais.

Puis ça part un peu dans tous les sens :
- Mad(eira) Angel, un irlandais, il s'est bien amélioré depuis la dernière fois : le fruité explose, tout en fraicheur et en rondeur ;
- Amrut 5 ans cask BA5 emb. 2009, Blackadder 46% : une révélation, mais bien trop doux à mon gré ;
- Miltonduff 10 ans apporté par van Zuylen ;
- Port Ellen 30 ans 74-05 SV cask 696756 51,5% ;
- Caol Ila 30 ans 74-05 pour LMDW 46% ;
- Aberlour cuvée du Baron 96-09 59,8% (un embouteillage d'un unique flacon spécialement pour M. le baron) ;
- Highland Park 1986 Scott's selection 55,7% ;
- Ardbeg 7 ans 00-07 SMoS 62,5% ;
- Ardbeg 8 ans 00-08 SMoS 62,6%;

Sans oublier en cours de soirée une intervention assez bien maîtrisée de Jean-Michel qui nous présente deux autres dons de Jean Marie (sans tiret), deux armagnacs anciens de 85 et 90. Que dire, sinon que bottler nous gâte ? Un grand merci à lui, pour sa présence indirecte mais ô combien réelle.

Je vais me coucher, crevé, vers 2 heures.

Dimanche

Aujourd'hui je fais la grasse matinée jusque 7h30. Rasé, douché je constate que le bungalows sont endormis, exception faite du baron JFdP, avec qui nous allons chercher les vivres du petit déjeuner. Nous goûtons les confitures au whisky que Gérard a confectionnées. J'apprécie la cerise au Dailuaine, un peu moins les confitures à la tourbe et je tombe amoureux de la framboise au Mortlach, la framboise étant mon fruit préféré.

Le temps que tout le monde émerge, un casse-croûte avant de partir et nous nous mettons en route pour le festival. Nous arrivons, il y a déjà du monde. Un premier tour des stands montre quelques, disons plutôt un certain nombre ou même un nombre certain de flacons à taster, de stands à découvrir et de discussions à mener.


Au programme :
- Tasty creation #12 Peat and Sea, JB, 43% : de la tourbe et du sel, très doux, du sucre en plus de la tourbe ;
- Bunnahabhain Móine 05-09 62,1% JB : très expressif, de la tourbe en veux-tu en-voilà, étonnant pour son si jeune âge ;
- Aberlour 90-07 Scott's 51.1% : Vanille, menthe, eucalyptus, très plaisant ;
- Glenrothes 86-08 Scott's 51,8% : Citron, eau de fleur d'oranger, essence de rose, café; Très bien fait et j'aime bien ce mélange d'acidité et d'amertume ;
- Glen Grant 23 ans 85-08 cask 10182 : Alcooleux à souhait, pas grand intérêt ;
- Tamdhu 73-08 GMP Reserve 1st fill sherry butt #323 56% : Nez pâtissier, le sherry se développe en bouche et en finale.

Je retrouve Denis et nous faisons nos échanges.

Belgian Owl 3 ans 46% : une agréable surprise, plaisant, prometteur ;
- Belgian Owl new make spirit 46% : fruité, genièvre, fait vraiment eau de vie ;
- Glendronach 16 ans OB pour Versailles Dranken, cask 39 60,8% : Sherry sec, fumé, net romarin, fruité, superbe ;
- Glen Grant Carn Mór 43 ans 61-04 hogshead #2140 : une richesse incroyable. Un bourbon cask mais un caractère de sherry, dense, intense frais et amer... Un grand parmi les grands ;
- Littlemill 19 ans 90-09 DL Platinium 55,4% : un Littlemill qui sort de l'ordinaire et est vraiment comme je les aime : discret, subtil, riche, caractéristique des Lowlands avec une touche minérale en plus ;
- Bunnahabhain 38 ans 68-06 DT Rare Auld : une très belle expression, fine, racée, typique et surtout un Islay comme je les apprécie, c'est-à-dire avec une tourbe fondue dans la richesse aromatique ;
- Glenesk 84-08 GMP Connoisseurs Choice 43% : on peut s'en passer, sauf curiosité pour la distillerie ;
- Port Ellen 26 ans 82-08 DL OMC refill butt #4808 50% : Un Port Ellen de plus, de la veine de bonnes expressions ;
- North British (grain) 25 ans 64-90, SV casks 10451-10454 46% : Riche et vanillé, en douceur et en rondeur. Pas ma tasse de thé ;
- Old Scotch Whisky : Blended whisky, années 60 : soit le whisky a bonifié avec le temps, soit on savait faire du whisky il y a 50 ans : riche et équilibré.

Je repars avec naturellement une bouteille de Bladnoch 19 ans, avec l'étiquette Witch.

Plus, naturellement, les samples que je ne détaillerai pas ici.

Nous sommes quelques-uns à nous retrouver au cul de la fourgonnette de Régis, à boire un verre de rosé mousseux de sa production, avant de partir une nouvelle fois chez van Zuylen.

De retour au bungalow, nous retrouvons Michèle qui a passé l'après-midi à la plage et le barbecue du soir. Apéritif aux vins rosés, ceux de Régis naturellement, mais aussi de van Zuylen ou des Toulousains. A nouveau les cigares sont de sortie et afin d'en profiter sans fumer je m'en rapproche. Une discussion commence alors avec Patrick et M. le baron, sur le devoir de réserve et l'influence de la religion sur l'attitude en société. Rien à voir avec le whisky, mais sacrément intéressant, surtout lorsque les avis sont divergents.

Pour nous accompagner dans cette discussion, Régis a sorti quelques bouteilles Romorantin Cour Cheverny, domaine où nous fîmes en 2006 avec Adrien, Jean-Marie et Régis une superbe verticale, remontant les millésimes jusque 1963.

Chassés de l'extérieur par la garde locale gentiment prévenue par des voisins sans doute exaspérés par la bonne et bruyante humeur des maltophiles.

Rentrant nous tombons en arrêt devant Philippe et Michèle, le premier ayant réussi à faire goûter une large palette de whiskies à la seconde. On ne sait pas lequel des deux nous stupéfie le plus.

La fuite vers les lits commence et il ne reste qu'une petite troupe composée de Régis, Pascal, Gérard, Patrick, Pierrot, dédé et votre serviteur.

Patrick nous confirmant qu'il faut absolument vider les flacons, débute alors une mémorable séance de blending : une bouteille vidée et rincée commence à se remplir avec des fonds de bouteilles, de manière apparemment anarchique mais en fait recherchée et travaillée. Les compétences de chacun sont mises à profit : le master experimental blender Patrick est la cheville ouvrière, Régis, après s'être montré un peu réticent devant un tel dynamisme et notre approche peu académique nous conseille en tastant.

Un peu de tourbe avec un Ardbeg 77, maintenant il manque du fruité alors rajoutons un peu de Bushmill's Millenium edition. Trop de fruité alors asséchons avec du Linkwood 72. Nous avons oublié la base donc on vide le reste de Carsebridge 65... Finalement la bouteille se remplit avec un résultat nous satisfaisant. C'est sans doute le blend le plus rare du monde : des fonds de bouteilles mémorables, que naturellement nous n'avons pas notées, en font un whisky unique et impossible à refaire. Pompeusement cette bouteille est nommée Glen Witch et une étiquette est apposée et le méfait signé.

Je suis en charge de la garde de cette bouteille pour l'an prochain.

Et je monte me coucher vers 2 heures.

Lundi

C'est l'heure du départ : au réveil certains ont déjà levé l'ancre ; après les au-revoir nous partons vers 10 heures. Un passage chez van Zuylen permet à Pierrot de récupérer 6 cartons de verres supplémentaires, pour le cas ou nous en aurions besoin sur a route. Un rapide et approximatif calcul nous indique que nous avons l'équivalent d'une bonne vingtaine de bouteilles en incluant les samples.

Sauf le fait que la chaleur intense qui régnait a fait sauter le bouchon du Glen Witch dont le contenu s'est déversé sur le tapis de la voiture, le retour s'est fait sans encombre.

Un week-end malté de très belle tenue, mais bien fatigant. La qualité des participants a largement pallié le trop petit nombre d'occupants des bungalows.


Il ne me reste qu'à remercier tous ceux qui ont contribué à cette réussite :
En premier lieu Jean-Marie et Aad, infaillibles organisateurs de cet événement ;
Michèle et Tina pour leur soutien logistique, sans elles nous en serions encore à chercher les assiettes et les couverts ;
Linda pour sa présence discrète et efficace ;
Dédé et Pierrot pour avoir tenu les manettes des fourneaux ;
Jacques-François pour ses cigares ;
Et tous les autres sans qui ce week-end n'aurait pas été ce qu'il a été...

Alain

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